Billet n°293

Confinements régionaux en Chine, quels effets sur le commerce international ?

Publié le 02/12/2022

Par Sebastian Stumpner

Dans le cadre de sa politique zéro-Covid, la Chine recourt à des confinements régionaux pour limiter la propagation du virus. Ce blog estime leurs effets sur le commerce chinois. Si la plupart des confinements n’ont pas d’effet visible, ils entravent néanmoins le commerce quand ils sont très sévères. Celui particulièrement strict imposé à Shanghai en avril 2022 a réduit le commerce chinois total de 3-4 %.

Graphique 1 : Effondrement des exportations de la province de Shanghai durant le confinement de Shanghai
Graphique 1 : Effondrement des exportations de la province de Shanghai durant le confinement de Shanghai

Source : Banque de France. L’indice relatif à la sévérité du confinement pour la province de Shanghai est tiré des données de l’Université d’Oxford. Les données relatives aux exportations (en dollars) pour la province de Shanghai sont fournies par Trade Data Monitor (TDM).

La plupart des pays ont renoncé à recourir aux confinements pour lutter contre la propagation de la Covid-19 ; la Chine constitue à cet égard une exception notable et importante. Depuis le début de la pandémie, elle applique une politique « zéro-Covid » ayant pour objectif d’empêcher tout nouveau cas d’infection. À cet effet, le pays a développé un système de réaction à l’épidémie avec des tests de masse, la recherche des cas contacts et – si nécessaire – des confinements locaux. Ce blog examine l’effet de ces confinements régionaux sur le commerce chinois en combinant les données au niveau des provinces relatives au calendrier et à la sévérité des confinements avec celles concernant le commerce international.

En exemple, le graphique 1 présente l’évolution de la sévérité des confinements (une mesure comprise entre zéro et un qui rend compte de leur caractère restrictif) et la croissance annuelle des exportations pour la province de Shanghai. Après la détection de premiers cas début mars 2022, les autorités de Shanghai ont tout d’abord réagi par des restrictions de déplacements et des tests de masse. À compter de début avril, la totalité de la ville a été soumise à un confinement particulièrement strict. La plupart des écoles et des lieux de travail ont été fermés (à l’exception des services de santé indispensables) et les habitants ont reçu l’ordre de rester chez eux. Le graphique 1 montre que l’indice d’Oxford relatif à la sévérité des confinements a fortement augmenté en avril 2022 et que la croissance annuelle des exportations de la province de Shanghai s’est effondrée, ressortant à – 40 %.

Le confinement de Shanghai ne constitue cependant qu’un exemple des divers confinements régionaux mis en place par les autorités chinoises depuis mi-2020. Il s’agissait d’un confinement particulièrement strict, la moyenne mensuelle de l’indice d’Oxford relatif à la sévérité des mesures ayant atteint 0,94 pour Shanghai en avril 2022, une valeur très supérieure à celle des autres provinces depuis la première vague. Nous utilisons les données concernant plusieurs confinements régionaux en Chine pour estimer de façon plus systématique l’effet de ces mesures sur la croissance des échanges commerciaux.

Nous étudions les confinements régionaux instaurés après la première vague, afin de nous concentrer sur une période durant laquelle les confinements étaient peu synchronisés entre les différentes provinces chinoises. Cela nous permet de comparer, à tout moment, la croissance des échanges commerciaux des provinces entrant en confinement (provinces traitées) avec celle des provinces où ce n’étaient pas le cas (provinces de contrôle).

Nous commençons par définir les « événements » de confinement régional en nous fondant sur les évolutions de la sévérité du confinement de la province. Nous collectons des données mensuelles relatives à cette sévérité pour 31 provinces chinoises, et nous définissons un confinement provincial comme une augmentation de la mesure de la sévérité au niveau local de 0,2 point (sur une échelle allant de 0 à 1). En regroupant des données allant de mi-2020 à mi-2022, on définit neuf provinces qui ont connu précisément un événement de confinement et vingt provinces de contrôle sans événement (deux provinces ayant connu plus d’un événement sont exclues de l’analyse).

La partie gauche du graphique 2 présente l’évolution de la sévérité des mesures dans les provinces traitées par rapport aux provinces de contrôle, avant et après un évènement de confinement. Avant un événement, la sévérité du confinement ne diffère pas entre les provinces qui sont sur le point d’être confinées et celles qui ne le sont pas. Quand les provinces traitées entrent en confinement, leur niveau de sévérité monte en flèche, mais revient au niveau de celui des provinces de contrôle en 1 à 2 mois.

Graphique 2 : En moyenne, les échanges commerciaux provinciaux réagissent peu au confinement local
Graphique 2 : En moyenne, les échanges commerciaux provinciaux réagissent peu au confinement local

Source : Banque de France. La partie gauche présente la différence moyenne de sévérité entre les provinces traitées et les provinces de contrôle, à différents moments autour de l’événement de confinement. La partie droite présente la différence estimée du log des exportations et du log des importations entre les provinces traitées et les provinces de contrôle.

Lors de la comparaison de l’évolution des exportations (ou importations) des différentes provinces, une difficulté tient au fait que celles-ci exportent différents types de biens et commercent avec différents pays partenaires. Pour contrôler des variations des exportations liées à ces différences de composition, nous tenons compte dans notre estimation des chocs spécifiques détaillés par produit et destination. C’est-à-dire que nous comparons la croissance des exportations, par exemple, de pièces détachées automobiles vers les États-Unis effectuées par une province traitée et par une province de contrôle et nous calculons cette différence pour toutes les dates autour de l’événement de confinement. Les estimations ponctuelles dans la partie droite du graphique 2 montrent la différence estimée de la croissance des exportations (et des importations) entre les provinces traitées et les provinces de contrôle, après élimination de ces effets de composition.

Étonnamment, il n’y a pas d’effet clair des confinements sur les exportations ou les importations (graphique 2, partie droite). Elles diminuent légèrement au moment du confinement, mais ces effets ne sont pas significativement différents de zéro d’un point de vue statistique. Une explication possible de ce résultat tient au fait que la plupart des confinements sont restés à des niveaux de sévérité moyens avec application de restrictions auxquelles les entreprises et les ménages avaient déjà appris à s’adapter par le passé. Néanmoins, les résultats semblent en contradiction avec les éléments ressortant du graphique 1, qui montrent un effet négatif clair sur les exportations de Shanghai.

Pour concilier ces conclusions, nous répartissons les neuf provinces traitées en trois nouveaux groupes : les provinces qui ont accru la sévérité des mesures, tout en restant à des niveaux moyens (quatre provinces, situées entre 0,6 et 0,7 sur l’échelle de sévérité après l’événement de confinement) ; les provinces qui ont atteint des niveaux moyens à élevés (quatre provinces, à 0,7-0,8 sur l’échelle de sévérité) ; et enfin Shanghai, qui a mis en place un confinement particulièrement strict, supérieur à 0,9.

Graphique 3 : Seul le confinement de Shanghai en avril 2022 a significativement affecté les échanges commerciaux de la Chine
Graphique 3 : Seul le confinement de Shanghai en avril 2022 a significativement affecté les échanges commerciaux de la Chine

Source : Banque de France. Effet du confinement sur le log des exportations (partie gauche) et sur le log des importations (partie droite). Les provinces traitées sont divisées en trois groupes en fonction de la sévérité maximale du confinement, et l’effet est estimé séparément pour chacun des trois groupes.

Le graphique 3 présente l’effet estimé pour les exportations (partie gauche) et pour les importations (partie droite). Seul le confinement de Shanghai (courbes rouges) a significativement affecté les échanges commerciaux au niveau de la province, tandis que les effets des autres confinements ont été proches de zéro. Compte tenu de l’importance économique de la province de Shanghai (8 % des exportations de la Chine et 14 % de ses importations), cela a également affecté les échanges commerciaux agrégés de la Chine. En supposant par un rapide calcul que le confinement à Shanghai a affecté seulement les échanges commerciaux de la province de Shanghai, mais pas ceux des autres provinces, nous calculons que ce confinement a réduit les exportations chinoises agrégées de 3,2 % en avril 2022 et les importations agrégées de 3,5 %. Notre analyse suggère par conséquent que des confinements régionaux en Chine peuvent encore réduire les échanges commerciaux agrégés, mais seulement s’ils sont exceptionnellement sévères et instaurés dans une province économiquement importante telle que Shanghai.

La structure des échanges commerciaux de Shanghai joue également un rôle important dans les exportations agrégées chinoises. La Chine est un fournisseur majeur de biens d’équipement et de biens intermédiaires au reste du monde (ces biens représentent 73 % de l’ensemble des exportations chinoises) et à Shanghai en particulier leur part est élevée (83 %). Le confinement de Shanghai peut par conséquent avoir également affecté les échanges commerciaux d’autres pays plus en aval de la chaîne de valeur. Cet effet peut avoir été particulièrement important pour le Japon et les États-Unis qui, ensemble, achètent plus de 30 % de tous les biens exportés par Shanghai (contre 22 % de l’ensemble des exportations chinoises de biens).