Évolutions trimestrielles de l’emploi et du taux de chômage

Par Pierre Sicsic et Antoine Sigwalt

Au troisième trimestre 2017, l’emploi salarié en France progresse de plus de 40 mille selon les sources administratives fournies par les employeurs. A contrario, le taux de chômage augmente de 9,2 % à 9,4 % en France métropolitaine selon l’enquête emploi auprès de ménages. Cette divergence peut en principe provenir des évolutions de la population active. Elle renvoie aussi en pratique à des différences entre les deux sources quant à la mesure des variations trimestrielles de l’emploi.

L’évolution de l’emploi à partir de l’enquête emploi

Le taux de chômage augmente de 9,2 % à 9,4 % du deuxième au troisième trimestre 2017 en France métropolitaine, alors que l’emploi salarié progresse de plus de 40 mille.

La première statistique sur le taux de chômage au sens du BIT, publiée le 16 novembre, provient de l’enquête emploi trimestrielle auprès des ménages réalisée par l’Insee. La publication du taux de chômage s’accompagne de celle du taux d’emploi, défini comme le rapport de l’emploi à la population totale en âge de travailler. Le niveau de l’emploi ou sa variation ne sont pas publiés. Mais en multipliant le taux d’emploi par la population de 15 à 64 ans, stable depuis 2010, nous obtenons la série d’emploi représentée dans le graphique 1. Selon ce calcul, l’emploi diminuerait d’environ 80 mille au troisième trimestre 2017.

La seconde statistique sur l’emploi salarié, publiée le 12 décembre provient pour l’essentiel de l’estimation des effectifs des principaux secteurs à partir de sources administratives portant sur les employeurs.

 

Population active, chômage, emploi et flexion conjoncturelle d’activité

Une progression de la population active peut expliquer une hausse simultanée du taux de chômage et de l’emploi. D’une part la population active croît tendanciellement, à la fois pour des raisons démographiques mais aussi du fait des réformes modifiant l’âge de départ à la retraite. Ainsi les entrées de jeunes sur le marché du travail demeurent chaque année plus importantes que les sorties de séniors. D’autre part, à cette hausse tendancielle de la population active s’ajoute le mécanisme de « flexion  conjoncturelle d’activité » : une augmentation de l’emploi incite des inactifs à se mettre en recherche d’emploi, et donc à entrer dans le champ de la population active (en emploi ou au chômage). La population active peut alors progresser plus rapidement que l’emploi.

 

Deux sources pour la mesure conjoncturelle de l’emploi : auprès des employeurs ou des ménages

La divergence entre les niveaux d’emploi selon les deux sources provient notamment de différences de champ (voir sur le site de l’Insee l’onglet documentation dans la page « estimations d’emploi »). En premier lieu, l’enquête auprès des ménages tient également compte de l’emploi non salarié, non couvert par les sources administratives issues des employeurs. Ensuite, les champs géographiques des deux mesures diffèrent : l’enquête emploi porte sur les ménages résidents en France, qui sont comptabilisés comme employés même s’ils travaillent à l’étranger ; en revanche, les sources administratives sur les employeurs ne portent que sur les effectifs salariés en France.

La comparaison des évolutions trimestrielles de l’emploi selon les deux sources (ménages ou employeurs) montre que la divergence est d’ampleur exceptionnellement marquée au troisième trimestre 2017, avec en outre des évolutions de sens opposé (graphique 1). On notera toutefois que l’écart avait été de signe opposé au trimestre précédent, avec une hausse de l’emploi de l’ordre de 200 mille selon l’enquête emploi, à comparer à environ 90 mille selon les sources administratives employeurs. Sur plus longue période, on constate des écarts plus limités et de signes variables.

 

De fait, un lissage sur quatre trimestres des séries provenant des deux types de sources fait apparaitre un profil plus similaire des évolutions de l’emploi (cf. graphique 2).

Les statistiques mensuelles de l’emploi et du chômage aux États-Unis qui proviennent elles aussi de deux sources, ménages (Household Survey) et employeurs (Non-Farm Payroll), font de même apparaître des divergences dans les variations trimestrielles de l’emploi (graphique 3). Aux États-Unis, comme en France, on peut donc connaître des situations où l’emploi et le chômage augmentent tous deux d’un trimestre sur l’autre, sans que cela ne s’explique par l’évolution de la population active.

Moindre précision inévitable des enquêtes auprès des ménages

En France, comme aux États-Unis, la volatilité de l’emploi est plus forte selon l’enquête auprès des ménages. Cette volatilité provient de la moindre précision d’estimations du niveau de l’emploi et, a fortiori, de ses variations, tirées des enquêtes ménages, de taille d’échantillon bien plus petite que les enquêtes ou sources administratives des employeurs.

C’est d’ailleurs pourquoi la série d’emploi provenant des enquêtes ménages n’est pas publiée en France et est rarement commentée aux États-Unis. En revanche, elle fournit une information statistique tout à fait cohérente avec les séries de chômage et de population active issues des mêmes sources, qui permettent de calculer le taux de chômage.